Paul Carpita
Le petit poisson qu'on a tenté de faire taire.

Propos recueillis par Jean-Paul Carpita

  Le 12 Novembre 1922, au n° 6 de la rue du Concordat, dans l'un de ces quartiers populeux de Marseille qui descendent en ruelles étroites et colorées, depuis la butte des Accoules jusqu'au Vieux-Port, un petit garçon, prénommé Séraphin, vient de naître. On l'appelle "Péiou", ce qui signifie en provençal: "Petit Poisson". Il est le dernier-né au foyer, le "caganis", comme on dit chez nous, dans le Midi. Il a un grand frère, François, et une soeur, Marie. Ce Péiou, c'est le cinéaste Paul Carpita, mon père! Je n'ai pas connu ses parents, disparus encore jeunes. La famille vit, certes, modestement, à la limite, même, du seuil de pauvreté, mais l'Amour, immense, dont les enfants sont entourés, compense bien des manques. Le papa du petit Séraphin est docker, sa mère poissonnière. Autant dire que toute son enfance va être bercée par l'arrivée, devant la Criée, des barques de pêcheurs et leur escorte de mouettes, par la valse des palanquées chargées de primeurs au Môle "J", ou, encore, par ces puissants remorqueurs qui tirent paquebots et pétrôliers géants pour les aider à franchir la Passe. Sensible aux frémissements les plus intimes de la Ville, ce minot du quartier St.Jean va vouer à Marseille un amour passionné..
La famille Carpita
     J'en ai fait des tours et des tours dans ces Vieux-Quartiers entourant la Mairie! Je me revois, bouillonnant de vie, à la recherche d'émotions fortes, m'élançant dans la rue avec la marmaille dépenaillée, composée en majorité d'enfants d'immigrés italiens et corses, tout juste débarqués à Marseille et déjà victimes de sarcasmes et d'humiliations! Nous étions curieux de tout. Quelle aventure plus hallucinante, pour l'enfant que j'étais, que de se retrouver, en Câle-Sèche, sous le ventre des gros bateaux!..Je me souviens d'avoir escaladé, jusqu'au faîte, le dôme de la Cathédrale, simplement accroché au câble du paratonnerre . J'avais sept ans! Et que dire de cette traversée clandestine de la Anse du Vieux-Port, dissimulé sous la nacelle du Pont Transbordeur!.. Cette traversée, d'une rive à l'autre du Vieux-Port, véritable Sport National, se pratiquait également en radeau, un assemblage hétéroclite bricolé avec des planches, des bidons et des cordages glanés sur le port. Notre frèle embarcation, surchargée de nistons, ne manquait pas de se disloquer à mi-chemin!..Pour empêcher les bidons de se détacher, l'idée géniale nous est venue, un jour, de... les clouer!!.. C'est à la nage, une fois de plus, que la traversée a du se terminer! Et que dire des 400 coups dans la cour de récréation de l'école de la rue du Poirier! La plupart de ces scénes revivront, plus tard, dans quelques uns de mes courts-métrages de fiction, tels: "La Récréation", "Adieu, Jésus!", "Marseille sans Soleil", "Des Lapins dans la tête", "Graines au Vent". Lorsque j'évoque ces souvenirs, mon coeur se serre! C'est comme une odeur, âcre, d'iode, de goudron et de cordages qui me prend à la gorge. Une image me revient sans cesse en mémoire: J'ai six ans. C'est le matin. A la lueur de la lampe à pétrôle, dans la cuisine, on fait ma toilette, dans une bassine, prés du poêle à charbon. Je ne quitte pas des yeux ma maman qui vide, dans une assiette, d'un geste las, le contenu de la gamelle de mon papa, revenu du Centre d'Embauche, une fois encore, sans travail. L'atmosphère est tendue. Du haut de mes six ans, je grave à jamais, dans ma mémoire, ce spectacle de toute une vie humiliée! Cette scène, je la retranscrirai, intacte, bien des années plus tard, dans mon film: "Le Rendez-vous des Quais".  "Le rendez-vous des quais"
 OLivier Carpita, son petit-fils, dans le rôle de Paul   Papa a toujours été fasciné par le récit et l'image. A l'âge de 7 ans, déjà, en agençant astucieusement, dans une boîte à chaussures, une lampe de poche, un jeu de miroirs et une loupe, il fabrique de toute pièce une Lanterne Magique. Ses petits copains s'entassent, chez lui, dans la pièce obscure, pour assister à la représentation. Et, alors, là, il raconte, il invente les histoires extraordinaires des personnages qu'il a dessinés sur du papier translucide!...Mais, son "Premier Rendez-vous d'Amour avec le Cinéma", comme il dit, c'est au début des années 30 qu'il va le vivre. Il est alors âgé de 8 ans....
Un beau matin, notre instituteur, Monsieur FOUREL, un homme remarquable, un poète, profondément humain, amène en classe un "Ciné Pathé-Baby 9,5 m/m", pour nous projeter l'un de ses propres films d'amateur. Par le plus heureux des hasards, c'est moi qui suis chargé de tourner la manivelle!. Alors que tous les regards, émerveillés, demeurent rivés à l'écran, moi, subjugué, je ne puis quitter des yeux, sur la pellicule, ces petites images en file indienne, toutes pareilles, figées, mortes, qui, en se superposant par saccades, avant d'être avalées par la griffe du mécanisme, s'animent soudain, prennent vie!. C'est magique!.Je suis fasciné!. Rentré à la maison, je fais un malheur à mes parents pour me faire acheter le Projecteur-Ciné pour enfants, aperçu dans la vitrine du magasin de jouets de la Place du Calvaire". Désarmés devant tant de passion, mes parents finissent par m'acheter, à crédit, cet appareil à manivelle qui utilise une lampe électrique. Cela tombe bien, car depuis quelques jours, notre immeuble est doté de "L'électricité à tous les étages", comme l'indique une pancarte fixée à l'entrée. Le film, livré avec l'appareil et monté en boucle, représente un dauphin, dans un bassin, qui reçoit adroitement, sur le bout de son nez, le ballon qu'un enfant lui lance.Enfermé dans la chambre obscure que je partage avec mon frère et ma soeur, je passe des heures et des heures avec mon projecteur. J'accélère ou ralentis le mouvement, j'arrête brusquement la manivelle, figeant ainsi le ballon en plein vol, j'inverse le sens de la marche: c'est, maintenant, au tour du dauphin de lancer le ballon! "
Dans notre famille, j'ai toujours entendu dire qu'aux voisins qui la mettaient en garde devant cette puissante lampe qui devait "sucer" beaucoup de courant, la mère de Papa répondait, invariablement: "Je ne peux pas l'en empêcher, il en ferait une maladie!. Mais, Bonne-Mère, ce Pitchoun, il a le Cinéma dans le sang!"
Les années passent...La Guerre...la Défaite...l'Occupation.... Déserteur des "Chantiers de Jeunesse" (créés par Pétain pour remplacer le Service Militaire), réfractaire au S.T.O. (Service du Travail Obligatoire en Allemagne), et activement recherché par toutes les gendarmeries, papa rejoint les rangs de la Résistance sous le nom de Paul COURTIER. C'est depuis cette date que "Paul", le prénom d'emprunt, supplantera désormais celui de Séraphin, le prénom de l'Etat Civil. Février 1943. Avec l'aide d'une Police Française des plus serviles, les troupes d'occupation allemandes entreprennent la destruction des Vieux-Quartiers de Marseille! Pour papa, c'est tout un pan de la mémoire de son enfance qui va disparaître! Le petit peuple, les gens "d''en bas", comme disent certains aujourd'hui, vont vivre des moments tragiques. Dés l'aube, des hauts-Parleurs sillonnent les rues en hurlant "Tout va être détruit!..Vous avez deux heures pour évacuer vos appartements!" Avec cette évacuation forcée, menée sous le prétexte fallacieux d'une "Opération de Salubrité Publique",les autorités françaises vont réaliser, à peu de frais, une opération immobilière envisagée de longue date.Quant aux allemands, le sévère bouclage des quartiers va leur permettre d'aisément traquer les Juifs, les communistes et autres résistants dont ils possèdent les fichiers.fournis par les Renseignements Généraux. Comme beaucoup d'autres, Papa est pris au piège.. Il est arrêté sans ménagement par deux policiers français, encore plus hargneux que les nazis, qui n'hésitent pas à le livrer à un officier allemand. Alors que tout semble perdu,pour lui, papa se remet soudain à espérer en apercevant, de l'autre côté du barrage, son frère François qui lui fait un signe et va tenter un coup à trés haut risque: Tout en exibant ses papiers, il interpelle l'officier dans un alllemand des plus approximatifs: ".Moi..Professeur Histoire.. Professore.. Teacher.. professore.Histoire..historia.". A ces mots, contre toute attente, l'allemand arbore un énorme sourire: "Oh! Provesseur! .moi ossi provesseur hisdoire! " Les mains se serrent. François s'empresse d'enfoncer le clou. Il montre du doigt son frère: "Lui.. .him. frére..fraterlo à moi, mon frère.. brother.." Avec un certain mépris pour les deux policiers français, l'allemand leur intime sèchement l'ordre de laisser mon père franchir le barrage.  Papa coincé par deux soldats allemands et un policier français.

A la Libération, avec quelques amis, nous créons CINEPAX le groupe de réalisations cinématographiques dont nous avions tant rêvé durant les années d'occupation,et qui va tourner, en 16m/m, des actualités sur les sujets les plus sensibles, comme: -"Equipes de choc" exaltant la reconstruction du port avec ses quais démantelés. -"Pour que nos joues soient roses" un appel à la solidarité pour permettre aux enfants de familles démunies de partir en vacances . -"Nous voulons vivre!" une fiction autour de l'Appel de Stockholm contre la Bombe Atomique que les américains veulent Perfectionner encore en dépit de leur ignoble carnage à HIROSHIMA!...
En 1946, à l'Ecole Primaire de Garçons du Boulevard Kraëmer, dans les Quartiers-Nord dominant le port, mon père prend possession de son premier poste d'instituteur:
Le Cours Moyen. Des enfants de dockers pour la plupart, français et immigrés, sensibles, curieux, ouverts, intelligents, qui ne demandent qu'à s'épanouir! Me voilà devant une trentaine de petits Carpita qui me regardent, qui attendent beaucoup de moi, car ils savent, par leurs parents, que je suis l'un des leurs...
En 1947, alors que notre pays s'enlise, en Indochine, dans une guerre coloniale sans issue, le Groupe Cinépax se dote d'une caméra 35m/m à ressort, achetée aux "Surplus Américains". Bien que la moindre manifestation pacifiste soit sauvagement réprimée, la "Caméra-Stylo" de Paul, suivant la belle expression du critique Georges SADOUL dans "Les Lettres Françaises", est partout présente, prête à saisir l'évènement. L'acquisition, par la suite, de l'une des toutes premières caméras ARIFLEX, alimentées, elles, par batterie, facilitera le tournage. A noter que le format 35m/m de ces bandes de contre-actualités va désormais permettre leur projection sur grand-écran, dans les salles de cinéma où se déroulent meeting syndicaux, rassemblements pour la Paix, et autres réunions publiques. C'est ainsi que les spectateurs assisteront à l'arrivée, en rade de Marseille, en provenance d'Indochine, du paquebot "Pasteur" avec sa cargaison de cercueils débarqués comme de la vulgaire marchandise! Les contre-actualités nous font par ailleurs, vivre en direct le vote des dockers refusant d'embarquer le matériel militaire. On découvre également, à l'écran, dans un port totalement paralysé , les CRS prenant position le long des grilles, les prises de paroles de grévistes à bord de pétroliers, le formidable élan de solidarité dans les quartiers, les usines, les collectes de nourriture dans les campagnes, les souscriptions, l'hébergement des enfants etc. En découvrant ces images-chocs, les amis de mon père ne cessent de l'interpeler: "Pourquoi ne réaliserais-tu pas un grand film de fiction, avec un scénario, des personnages?" Papa avoue avoir longtemps hésité.

 Tournage du "rendez-vous des quais"  Avec l'enthousiasme et, sans doute, l'inconscience de mes 28 ans, en compagnie de mes camarades: Florent MUNOZ (mon compagnon de toujours, récemment disparu, qui joue "Nique" dans le film), André ABRIAS (Robert), Roger MANUNTA (Jean, qui joue le dirigeant syndical qu'il est dans la vie) et Andrée ATTAROFF-BIANCHERIE (Liliane), je me lance dans ce qui va se révéler être une exaltante et douloureuse aventure: La création, loin de Paris, sans grands moyens, et avec peu d'expérience, d'un Film de long-métrage de Fiction 35 m/m. Une telle réalisation est unanimement réputée totalement impossible! Ce projet fou , intitulé, dans un premier temps: "Le Printemps a besoin des hommes", puis: "Le Printemps des Hommes", aura finalement pour titre définitif: "LE RENDEZ-VOUS DES QUAIS"

Alors qu'à Marseille, les tensions sociales s'exaspèrent, mon père, impatient de témoigner de son époque, plante délibérément sa caméra au coeur-même de la vie quotidienne des petites gens, dont il est issu, dans les quartiers déshérités, sur le Port, parmi les dockers en colère... Le Cinéma Français officiel, dont les oeuvres prestigieuses rayonnent à travers le monde, demeure désespérément silencieux sur ces évènements majeurs, alors que de jeunes cinéastes communistes parisiens, réalisent, eux, avec courage, des films militants pour dénoncer cette "Sale Guerre". Sur les quais de Marseille en effervescence, papa, lui, est en train de bousculer les normes narratives en vigueur dans le Cinéma.. En est-il vraiment conscient? En imbriquant les séquences de fiction dans les scènes brùlantes de ses contre-actualités , il fait, certes, preuve d'innovation, mais il va devoir affronter une énorme difficulté technique. En effet, le film ayant été intégralement tourné au moyen de caméras "muettes", il a fallu procéder, aux Studios Pagnol, à la post-synchronisation non seulement des ambiances, mais également et surtout, de la totalité des dialogues. Et, cela, sans sons-témoins, avec des "comédiens" non-professionnels qui n'ont jamais mis le pied dans un studio!..

Post-synchro au studios Pagnol

A cette époque, les enregistrements ne se font pas, comme aujourd'hui, sur bande-son magnétique, mais sur bande-son optique! Pour écouter nos enregistrements, il faut attendre, au moins 8 jours, que les bandes nous reviennent des laboratoires de Paris...
En 1955, le film est enfin terminé. La première copie standard arrive à Marseille. C'est un véritable coup de tonnerre sur la Canebière!.L'incroyable défi vient d'être gagné!!
C'est dans l'une des plus grandes salles de Cinéma du Centre-Ville, le "REX", que la présentation publique du film est aussitôt envisagée. Par précaution, dans le journal La Marseillaise", le film est annoncé sous son ancien titre: "Le Printemps des Hommes". Le succés est énorme! Tout au long de la projection, les spectateurs jubilent, pleurent et rient à la fois!. Aprés avoir copieusement hué les CRS qui agressent sauvagement les piquets de grève, les spectateurs, debout, ovationnent sans fin leurs camarades dockers qui résistent. ll y a, malheureusement, nous l'apprendrons plus tard, une ombre au tableau de cette magnifique soirée: deux agents des "Renseignements Généraux", présents dans la salle, ne vont pas manquer d'alerter les autorités! Mais les militants de Cinépax, brùlant d'impatience de montrer leur film partout, ont pour l'instant une seule préoccupation en tête: inviter, sans plus tarder, les dockers, leurs familles, et les habitants des Quartiers-Nord qui ont participé au tournage, à une projection solennelle du film, dans un grand cinéma du quartier Saint-Lazarre. "Florent MUNOZ et André ABRIAS, se chargent d'accueillir les invités et de les faire patienter jusqu'à mon arrivée, prévue vers 17 heures, car, cet aprés-midi là, je suis en classe, avec mes élèves du Cours Moyen. Il est convenu que, dés la fin des cours, à 16h.30, je saute dans un taxi pour rejoindre le Cinéma où m'attend une véritable fête, avec fleurs, petits gâteaux.. Hélas!, la fête va vite tourner court!. Trois camions de CRS prennent position devant l'entrée du Cinéma..Il faut dire que l'information ne nous est pas encore parvenue qu'au Ministère, à Paris, "Le Rendez-vous des Quais",vient d'être totalement et sans recours, interdit par la censure, car "sa projection présente une menace pour l'Ordre Public" Les Forces de l'Ordre, huissier en tête, font irruption dans la salle archi-comble et, devant les spectateurs ahuris, s'emparent, manu-militari, des bobines du film et emmènent sans ménagement nos deux amis de CINEPAX. Un fourgon de Police vient cueillir mon père à la sortie de son école pour l'emmener, comme un délinquant, au Commissariat Central. Aprés le constat d'huissier et la menace de me traduire en justice, il m'est signifié que.."..tourné, sans autorisation, dans une enceinte portuaire "Top Secret", ce film, qui donne un coup de poignard dans le dos de nos soldats, sera détruit.." Cette odieuse saisie de mon film, perpétrée dans l'indifférence générale des gens de Cinéma, va ouvrir, en moi, une plaie profonde qui va être longue à se cicatriser..
En 1985, aprés un étouffement d'une trentaine d'années, "Le Rendez-vous des Quais" est retrouvé aux Archives du Film de Bois d'Arcy. Aussitôt salué par la critique française et internationale comme "le chaînon manquant dans l'histoire du Cinéma, entre Toni, de Renoir, et la Nouvelle Vague", il ne va pas cesser de faire le tour du monde! Et partout, que ce soit dans tous les pays d'EUROPE, aux ETATS-UNIS, au JAPON, ou en AFRIQUE, le film est accueilli avec beaucoup d'enthousiasme.

  Cette reconnaissance, même tardive, m'a profondément touché, c'est vrai, mais ma blessure interne, cependant, ne se refermera définitivement que, lorsqu'un petit matin d'Automne de 1994, en Camargue, j'ai pu donner le 1er tour de manivelle de mon deuxième long-métrage: "Les Sables Mouvants" d'aprés un scénario que j'avais écrit en 1950 sous le titre "Les humiliés" C'est dans les décors envoûtants d'une Camargue sauvage, fort éloignée des clichés touristiques, que nous est racontée, en filigrane, la délicate histoire d'un Premier Amour Naissant, avec, pour toile de fond, l'âpre combat pour leur dignité que mènent les étrangers sans papiers durement exploités dans les rizières.
Mon père déclare dédier ce film "à toute une jeunesse humilièe et solidaire qui relève la tête. C'est l'exaltation d'une certaine fraternité inter-raciale, dont nous avons, aujourd'hui, un urgent besoin". Aux Etats-Unis, où le film s'intitule: "Quick Sand", la Revue Internationale VARIETY", évoquant le jeu des comédiens, parle de "magnétisme".
 Les sables mouvants
 Marche et rêve

C'est avec beaucoup d'émotion, le 12 Novembre 2002, jour-anniversaire de ses 80 ans, que mon père a vu sortir en salles son troisième long-métrage: "Marche et rêve!" (Les homards de l'utopie) .
"Par le biais de cette comédie douce-amère, c'est un geste de profonde amitié et de reconnaissance que je veux adresser à ces femmes et ces hommes, innombrables, qui, leur vie durant, se sont lancés, têtes baissées, dans des combats généreux pour ce qu'ils croyaient, dur comme fer, être l'avènement imminent de la Société plus fraternelle dont ils rêvaient, avec ses lendemains qui chantent, et qui se retrouvent, aujourd'hui, quelque peu dépassés, désemparés, malheureux.... Mon film se veut être, à leur égard, une sorte d'exhortation à ne pas éteindre, en eux, les rêves les plus fous! Car, comme le proclame un important personnage du film: "...Sans utopie, ce monde pourri par le fric, serait invivable!..

Pour l'écriture, en cours, de son quatrième long-métrage, provisoirement intitulé: "LE DESSIN", qui se tournera entièrement à Marseille, papa s'est assuré la "précieuse" collaboration , en tant que co-scénariste, de Claude MARTINO, écrivain, journaliste et critique de films.
Avec ce film, qui s'inspire, au départ du court-métrage: "Des Lapins dans la tête" de Paul, nous plongeons dans l'univers de la petite Aurore, huit ans, "hors-normes", dont l'imaginaire fertile est sans cesse confronté à la douloureuse réalité. Le dessin qu'elle a griffonné sur une page de son cahier, prend vie, soudain, sous la forme d'un être lunaire, sans âge, un grand frère aussi rebelle que celle qui l'a créé.. Les voilà tous deux englués, elle et son dessin, ( et nous avec!!) dans des situations extravagantes, dans un monde étrange, insolite, toujours en décalage, certes, avec la norme établie, mais empreint de poèsie, et d'amour. Les années ont passé... Agée maintenant de 16 ans , Aurore, qui refuse toujours de rentrer dans le rang, doit faire face à un environnement hostile, non seulement au lycée, mais au sein-même de son propre milieu familial. A la crise de l'adolescence va alors se greffer la crise, plus générale, d'un monde adulte formaté qui a vu s'effilocher ses aspirations au bonheur, ses idéaux de fraternité et de générosité. De plus en plus isolée, rejetée par tous, humiliée, la jeune fille est prête à baisser les bras. C'est alors que son dessin réapparait. Les escapades insolites reprennent cours, telle, entre autres, cette irruption, en pleine émission télé, sur le plateau de FR3 où sont invités, pour un débat, les laissés-pour-compte de la délocalisation. Peu à peu, cependant, la jeune fille est amenée à jeter un tout autre regard sur son complice. Des sentiments ambigüs et troublants éclosent en elle.. Entre rêve et réalité, Aurore serait-elle condamnée, comme beaucoup d'entre nous, à la recherche éternelle d'un Amour Impossible?
Je termine là, l'exposé succinct des quelques moments forts de la vie de Paul CARPITA, mon père, et lui laisse le soin de conclure.
Vois-tu, Jean-Paul, aprés l'odieuse saisie de mon 1er film: "Le Rendez-vous des Quais", et le douloureux lâchage de mes propres amis, je me suis retrouvé, tout comme la petite AURORE, seul, abandonné de tous, humilié!..Et lorsque le fourgon de police m'emmenait, avec mon film voué à la destruction, comment aurais-pu imaginer, un seul instant, que plusieurs dizaines d'années plus tard, avec ce même film retrouvé, j'allais être accueilli avec chaleur et enthousiasme, partout dans le monde, en EUROPE, aux U.S.A , en SUEDE, au JAPON, au CANADA, en AFRIQUE!..Comment aurais-je pu, un seul instant, imaginer qu'avec tous ces projets un peu fous que j'avais en tête, aujourd'hui réalisés, et d'autres, plus fous encore, en gestation, j'allais vivre une aussi cinglante revanche sur une censure exécrable et imbécile qui m'a tant fait de mal!



Avril 2005


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