Marche et Rêve, critiques et réactions


Quand j'ai commencé à lire le scénario, j'ai totalement oublié que j'avais un rôle à jouer dedans... Et ça, c'est rare.

Daniel RUSSO (Toinou)


Voilà un an qu'on l'attendait. Hier soir, c'était le grand soir : Paul Carpita nous a enfin livré sa comédie martégale. Un troisième long métrage sur fond de lutte sociale et d'émotions...
A MARTIGUES, au lieu-dit "Le Miroir aux Oiseaux", on connaît bien ces trois amis de toujours, anciens salariés de chez PLURIMETAL, qui ont défrayé la chronique ! Il y a, en premier lieu, Antoine Paruso (Daniel Russo), dit Toinou, magasinier, la quarantaine, emporté, enthousiaste, véritable "Paquet de nerfs", comme on dit ici. Viennent ensuite André Lespinasse (Roger Souza), 35 ans, chef d'atelier, appelé "docteur" à cause d'un vague diplôme de secouriste, et Brahim Ben Kader (Guy Bélaidi), dit "Bibi", 30 ans soudeur de son métier. Malgré les coups qu'il a reçus à vouloir toujours prendre parti pour les plus faibles, Toinou n'a jamais baissé les bras. Devant ses deux amis sceptiques et émus, il décrète à longueur de journée, que multinationales, marchés financiers et autres spéculateurs boursiers vont être balayés, qu'un jour, tous les peuples vont se dresser et se battre contre les injustices. Jusqu'au jour où... Un accident change tout.
Paul Carpita, un réalisateur à part
Dans le paysage cinématographique français, il est un réalisateur qui ne ressemble à aucun autre. Mais, qu'est ce qui fait que l'actualité de Paul Carpita, jeune homme de 80 ans, suscite un tel engouement ? Sa façon de tourner ? Le regard qu'il porte sur le monde ? Le parcours atypique de Monsieur Paul, cinéaste par passion depuis l'âge de 8 ans ? Nul ne sait à quoi cela tient exactement. Probablement la personnalité même du réalisateur qui fait que les gens qui s'embarquent dans l'aventure s'investissent autant professionnellement que personnellement dans son projet. " J'ai fais ce film pour montrer que quand on ne rêve plus, on est mort ". En une seule phrase, Paul explique les 1h30 de fiction.
Ne pas tomber dans la " pagnolade "...
Mais, le danger dans ce type de comédie c'est d'en faire trop. Toujours à la limite, Paul Carpita a su éviter l'écueil. Il doit ce tour de force à ses comédiens principaux. Pourtant, la chose n'était pas gagnée d'avance. Les trois hommes ne se connaissaient absolument ?pas. Après une réunion et une lecture commune, contre toute attente, la magie s'est jointe au trio au point de former presque un quatuor... La famille qu'il a. réunie à leurs cotés (Mireille Viti, George Néri, Henri Moatti ... ) n'a fait que rajouter à l'alchimie, et, au final, on assiste à un pur moment de bonheur cinématographique. Ce film de Paul Carpita sent bon le parfum des comédies méridionales d'autrefois avec des personnes authentiques et pittoresques. Hier soir, quelques privilégiés ont eu l'occasion de voir en avant?première au cinéma Bonneveine cette nouvelle fiction de 13production. Les autres devront attendre octobre ou novembre, date de sortie officielle sur nos grands écrans. Comme dirait Toinou: " Boudiou, que c'est loin la fin de l'année... ".

Karine CORSETTI ( Après l'avant-première du 10 juin pour CINESTIVAL )


Joli titre et belle histoire : "Les homards de l'utopie est une comédie douce amère, tournée l'an passé à Martigues par le toujours fringant Paul Carpita Qui ne connaît pas l'incroyable destin du cinéaste?instituteur marseillais Paul Carpita mérite, ici au moins, un zéro pointé en matière de néo?réalisme à la française ! Qui ne savoure pas, après le sauvage Le rendez?vous des quais (1955) puis l'authentique Les sables mouvants (1995), la faconde pleine de tendresse de Les homards de l'utopie (sortie en octobre/novembre) se prive d'une sorte de dessert. Même si, in fine, il y a derrière cette comédie estampillée méridionale comme un arrière?goût amer. N'en déplaise à son octogénaire ( !) réalisateur. Invité, avec toute sa famille de comédiens (Daniel Russo, Roger Souza, Guy Belàïdi, Dominique Noé et Mireille Viti) hier au Cinéstival, il a gardé bon pied bon oeil, en matière d'engagement et d'humanité, l'honnête homme ! Or donc ce troisième long métrage, tourné l'été dernier entre Martigues et Marseille (surtout Martigues) nous conte la générosité inébranlable du fraternel Toinou (Russo, excellent). Toujours prêt au combat, pour les autres et contre cette société "pourrie par le fric ". Sauf que la solidarité se délite autour de lui, que les lendemains déchantent. "Ce gars?là, on vit avec lui, on voit qu'il reçoit les coups. Et pourtant, c'est aux spectateurs qu'il parle, et même si l'on sait que c'est du rêve, de l'utopie, les autres en redemandent et nous on se dit : et s'il avait raison ?", suggère, simplement Paul Carpita qui a peaufiné son scénario pendant deux années, aidé par la plume complice du journaliste Claude Martino. Pour sûr : on n'est pas dans l'univers sombre, voire âpre, de Guédiguian lorsqu'il évoque, lui aussi, la perte des illusions. Probablement une question de génération. Et puis la vie de Carpita, entre ténacité et pédagogie, parle pour lui. Alors ici, l'on rit beaucoup. Et l'on se laisse porter par ce cinéma baladin, compassionnel et attendri. "Paul m'a eu sur une phrase : je fais ce film pour montrer que quand on ne rêve plus, on est mort", ?souligne avec reconnaissance un Daniel Russo qui, pour l'occasion, a retrouvé l'accent de sa Capelette originelle, entre deux représentations avec l'ami Baffie. "Paul Carpita dirige, mais en même temps on est libre. Il aime les acteurs ", plaide de son côté la pétulante Mireille Viti. "On n'a pas fait ce film pour de l'argent. C'est vraiment de la passion ", confirme, sobrement, l'impeccable Roger Souza. "Ce n'est pas un film à accent ! ", s'emporte enfin l'enthousiaste Guy Belaïdi. Avant de reconnaître, sous la pression amicale de la joyeuse bande (pourtant formée pour l'occasion), que tout cela n'est pas très important. Ces petites gens du Midi existent par la saveur de leur caractère, leur art de vivre, certes. Mais ils collent aussi formidablement à l'air du temps. Singuliers contre la mondialisation. Universels dans l'émotion :bien joué, M. Carpita.

Arlane ALLARD ( Après l'avant-première du 10 juin pour CINESTIVAL )


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